Tout claquer et partir vivre en Lituanie

Faut que je vous parle de mon ami Jean. Je l’ai découvert par hasard sur Instagram il y a fort longtemps. Et je peux vous garantir qu’en plus d’être le plus gentil, c’est le plus marrant de mes followers ! On adore bitché, partager nos coups de cœur, nos mésaventures, etc etc.

Illustrateur freelance, anciennement basé à Paris, il est parti s’installer en Lituanie il y a maintenant 3 ans, pour rejoindre sa moitié.  Dans cet article, on va parler de son quotidien, de son travail, de sa création artistique et de sa nouvelle vie à l’étranger.

Coucou Jean, je suis super heureuse de pouvoir t’interviewer pour que tu présentes ton parcours et ta nouvelle vie dans un pays méconnu.

Parcours et carrière

Depuis combien de temps es-tu illustrateur freelance ? 

Cela fait 4 ans que j’ai commencé a professionnaliser cette passion mais uniquement 2 ans que j’ai décidé de m’y consacrer entièrement à temps plein. J’ai un parcours assez éclectique initialement axée dans l’univers de la mode et le luxe donc la créativité à généralement toujours fait partie de mon parcours professionnel.

Comment décrirais-tu ton style d’illustration à quelqu’un qui ne connaît pas ton travail ?

J’ai un style plutôt varié, mais qui s’inscrit souvent entre univers onirique, narration visuelle et émotion.

J’essaie de donner forme à des ressentis, des rêves ou des anecdotes personnelles qui ne s’expriment pas toujours facilement.

Et surtout au-delà de l’esthétique, je tente vraiment de façon poétique que chaque illustration porte un message, une sensation, ou simplement une autre manière de voir.

Des images comme des fragments de rêve, où je mêle symboles et une touche de psychologie, pour suggérer… et laisser chaque regard compléter l’histoire comme il le souhaite.

Comment as-tu trouvé tes premiers clients en freelance ? Quels projets t’ont le plus marqué ?

Alors sincèrement, j’ai eu beaucoup de chance au début.

Je partageais quelques travaux personnels sur mon Instagram, qui commençait à avoir un peu de visibilité pas à énorme échelle, mais avec une petite communauté très supportive. Mon premier client a été un blogueur adorable qui écrivait sur des sujets de société et voulait que j’illustre ses articles. Je lui en suis encore très reconnaissant.

Ensuite, les choses se sont faites progressivement : deux projets de manuels scolaires, puis l’illustration complète d’un livre, et d’autres opportunités de collaboration notamment pour des particuliers.

Le projet qui m’a le plus marqué reste une double page pour le magazine de la maison d’édition Bayard Jeunesse, autour de la manosphère, de la masculinité toxique, des incels… Des sujets forts comme le sexisme et les violences faites aux femmes. Ce n’était pas juste décoratif, et ça m’a vraiment touché qu’ils m’aient contacté pour y contribuer.

Un autre projet important est mon travail sur le livre de la psychologue Néhémie Martin, L’amour 2.0. Un ouvrage entièrement illustré, mêlant narration, poésie et psychologie pour parler des relations à l’ère des réseaux (comme le ghosting), et qui s’est vendu à plus de 900 exemplaires en auto edition.

Deux projets très différents, mais profondément importants pour moi.

Comment gères-tu les moments de doute ou de blocage créatif ?

Alors quand je bloque (ce qui m’arrive par moment), et bien c’est très simple je ne fais rien, j’ai appris à ne plus forcer.

Je fais une vraie pause, j’accepte que je ne peux pas toujours produire, je sors, je déconnecte, sans culpabiliser.

Et dans 99% des cas, quand je reviens, tout est beaucoup plus fluide souvent même plus efficace que si j’avais insisté. Je pense que si nous avons un blocage, c’est avant tout un message de notre corps et il faut l’accepter sans se flageller en permanence, sans se comparer ni tout remettre en question.

Quels sont tes rêves ou projets que tu n’as pas encore osé réaliser ?

Épouser le prince Harry, mais Meghan m’a devancé de très peu🤣.

Honnêtement, j’ai plusieurs projets qui me tiennent vraiment à cœur. Le premier, c’est de sortir un livre pour enfants, un conte très personnel qui m’est venu en rêve et que j’aimerais vraiment faire exister car j’aime aussi message de ce rêve que j’ai fini par interpréter.

J’ai aussi d’autres envies liées à mes passions du quotidien, comme la cuisine, que j’aimerais partager de manière créative d’ailleurs, je travaille depuis un an et demi sur un livre et un produit culinaire en cours… mais je n’en dis pas plus pour l’instant car c’est en cours de finalisation.

Et enfin, un projet qui me parle beaucoup et qui viendra par la suite : mon propre oracle divinatoire, toujours dans cette idée de mêler image, symboles et introspection.

Ces univers peuvent sembler très différents, mais ils restent liés par la même envie de raconter, transmettre et créer du sens, et surtout ils ont dans mon quotidien une place importante car ils représentent tous les 3 une expression singulière de l’amour.

Vie à l’étranger et quotidien

Je ne connais absolument pas ce pays ! Mais quand je suis tes aventures via Instagram, tu sembles t’épanouir et t’éclater.

Déjà, la question qu’on se pose toutes et tous : qu’est-ce qui t’a poussé à quitter Paris ? Était-ce avant tout l’amour, le besoin de changement, ou un mélange des deux ?1

Clairement un mélange des deux. Et crois-moi, la vie est vraiment surprenante : pile au moment où je ressentais ce besoin de transition, et surtout de construire et vivre une belle histoire avec quelqu’un de sérieux, l’amour est arrivé complètement par hasard.

Une simple rencontre s’est transformée en une superbe journée, puis en cinq jours sans se quitter… et ces cinq jours en une histoire qui ferait presque jalouser un scénariste de Disney Channel je te raconterai ça une prochaine fois.

Mais le plus inattendu, c’est que même si j’ai beaucoup voyagé dans ma vie, je ne m’attendais pas un jour à tomber également amoureux d’un pays… et de ses habitants, comme la Lituanie.

Quels sont les plus grands défis à vivre en couple dans un pays étranger ?

Principalement l’adaptation à l’autre, la langue et son environnement, en même temps. Quand on vit à l’étranger, tout est un peu amplifié : la communication, la culture, les habitudes… même les petits malentendus peuvent prendre plus de place.

Il y a aussi le fait d’être un peu plus isolé, loin de ses repères habituels, la famille, les amis proches. Du coup, le couple devient un point d’ancrage très fort, ce qui peut être à la fois très beau, mais aussi parfois un peu intense.

Et puis il faut apprendre à composer avec deux visions du monde différentes, deux façons de communiquer et de réagir. Mais c’est aussi tout ça qui rend l’expérience unique : ça demande plus d’écoute, plus de patience, et ça crée souvent une relation plus complexe, mais aussi plus profonde.

La Lituanie t’a-t-elle changé d’une manière que tu n’avais pas anticipée ?

Oui, surtout sur des aspects auxquels je ne m’étais pas vraiment préparé. J’ai dû m’adapter à un rythme et un contexte un peu différents, avec parfois un peu de visibilité autour de notre quotidien à deux, liée à l’activité de mon partenaire, ce qui demande naturellement de trouver un équilibre.

Au final, ça m’a appris une certaine patience, à être davantage ouvert, dans l’observation et à l’écoute… sûrement plus que je ne l’aurais été si j’étais resté à Paris ou dans ma zone de confort.

Y a-t-il un moment où tu as douté de ton choix d’expatriation ? Comment ton entourage a réagi quand tu as annoncé ton départ ?

Honnêtement, je ne l’ai pas vraiment vécu comme une grande décision à prendre ou à annoncer. Comme beaucoup de choses dans ma vie, ça s’est fait naturellement, comme une évidence qui s’installe progressivement. Je ne suis pas quelqu’un de fataliste, mais je me laisse guider par mes nombreuses intuitions qui sont constantes et par ce que je ressens sur le moment.

Alors, quand je suis arrivé en Lituanie, je n’avais rien planifié, ni anticipé pas même la durée. C’est aussi pour ça que je n’ai pas vraiment eu de doute : il n’y avait pas de “choix” figé, juste une expérience et histoire que j’ai laissé évoluer.

Et finalement, ça m’a appris à faire confiance au processus, à accepter de ne pas tout maîtriser.

Quant à mon entourage, il y a eu un peu de surprise, mais ils me connaissent très bien, savent que je fonctionne beaucoup à l’instinct et ils ont surtout soutenu

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans la vie en Lituanie ? Quelles sont les choses à faire ou à voir absolument si on décide d’y faire un tour ? 

Ce que j’aime le plus en Lituanie, c’est déjà la personne avec qui je partage ma vie et la famille que j’ai ici. Mais concernant le pays en lui même c’est vraiment l’équilibre très réussi entre nature et vie urbaine. Tout cohabite parfaitement : le côté “green”, l’air plus sain, et une vraie vie de ville. Les rues sont propres, il y a une douceur de vivre avec du calme mais aussi du caractère. Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un endroit figé ni aussi froid qu’on le laisse entendre, il y a de l’énergie, des saisons marquées, et en hiver une lumière assez unique.

J’aime aussi beaucoup l’attachement aux traditions : Noël, Pâques ou d’autres moments de l’année sont vraiment vécus, avec un côté familial et respect des rituels plus marqué que ce que j’ai connu à Paris.

Côté incontournables : Vilnius pour son centre et sa vieille ville pleine de petites rues colorée pleines de charme, Kaunas pour son côté créatif, et Klaipėda pour son ambiance plus maritime.

En revanche en été, Palanga est vraiment un passage obligé! entre la mer Baltique, les longues plages, les petites maisons colorées, le pont au coucher du soleil avec toute l’animation nuit et jour, il y a une vraie atmosphère.

Je conseille aussi la Curonian Spit, assez unique, et Trakai Castle pour son cadre au milieu des lacs et proche d’un petit resto traditionnel sympa.

Il y a aussi des mini événements toute l’année, comme le Pink Soup Fest, une vraie identité culinaire, et un coût de la vie accessible.

Fait moi confiance, vivre ici, c’est parfois comme vivre le cadre de vie d’un téléfilm de noël sur M6 et je suis très sérieux en disant ça.

Qu’est-ce qui te manque le plus de Paris et qu’est-ce que tu ne regrettes absolument pas d’avoir quitté ?

Ce qui me manque le plus, mes proches… mais plus important encore, le fromage 🤣, car même si on en trouve et même pas mal d’importé, ça ne rivalise pas avec la France. Et puis il y a aussi cette énergie propre à Paris : le côté effervescent, ville qui ne dort jamais, l’accessibilité à tout, autant d’un point de vue culturel que dans le quotidien.

En revanche, ce que je ne regrette absolument pas: L’insécurité et certaines mentalités par exemple. Depuis que je vis en Lituanie, je réalise à quel point je me sens plus apaisé au quotidien. Je ressens beaucoup moins cette vigilance permanente qu’on peut avoir à Paris, de se faire voler ou agresser, le fait de toujours faire attention, de demander à ses proches d’envoyer un message en rentrant etc…

Ici, il y a une forme de tranquillité que je n’avais pas forcément avant. Même le rapport aux forces de l’ordre me semble différent, plus posé, plus à l’écoute.

Avec le recul, ça change vraiment la manière dont on vit au quotidien.

As-tu une (ou plusieurs) anecdote cocasse depuis ton arrivée ?

Alors 2 petits choc culturels en arrivant en lituanie, le premier c’est les codes sociaux, moi qui arrive avec mes deux bises à la française…et je sens le petit moment de flottement, la confusion de l’autre avec le changement de joue, très gênant 😆.

Et à l’inverse j’ai découvert que certaines personnes quand elles sont très proches famille ou amis certain se font un bisous sur la bouche, ce qui m’a vraiment surpris au debut quand on me l’a fait je me suis demandé si je n’avais pas raté un épisode culturel.

Et dans un autre registre, la première fois que j’ai reçu une alerte nationale sur mon téléphone…j’ai cru que c’était la fin du monde. Un son horrible et fort, tout bloqué avec un message en lituanien, des symboles d’urgences qui clignottent, impossible de comprendre. Et au même moment une sirène dehors, la mon cerveau est parti très loin, j’étais déjà en train de penser geopolitique, russie, ukraine…alors que c’était juste une alerte classique de sécurité pour informer qu’il va pleuvoir🤣, qu’il y a un accident de voiture ou un excercice test etc…

Création et inspiration

La Lituanie a-t-elle changé ta façon de travailler ou ton style d’illustration ?

Un peu, surtout dans mes habitudes. Avant, je travaillais exclusivement chez moi ou en entreprise, dans un cadre assez calme pour couper avec l’exterieur. Aujourd’hui, je travaille davantage en extérieur, ou dans des cafés ou des restaurants, ce qui change le rythme et l’énergie.

Mon style n’a pas vraiment changé, mais il s’est affiné, avec peut-être plus de nuance et quelque chose de plus instinctif, moins dans la précipitation.

Au final, ça m’a reconnecté à une façon de travailler plus naturelle, plus alignée avec moi.

Comment trouves-tu l’inspiration ici ?

Beaucoup de personnes dans des métiers créatifs diraient que l’inspiration est partout… et je suis assez d’accord avec ça. Et pour ma part c’est surtout un mélange entre l’intime, l’imaginaire et le réel. C’est-à-dire que je la puise surtout dans ma sensibilité, mes émotions, celles des autres. Ensuite, elle vient de mes expériences de vies , amour, relations, épreuves, de mes rêves, notamment rêves lucides, que je fais depuis tout petit, mais aussi de tout l’univers des contes, du cinéma, de la pop culture…Et enfin, de ce qui se passe dans le monde en général, ce qui m’anime ou me révolte.

Quels conseils donnerais-tu à un illustrateur qui hésite à se lancer en freelance ou à partir à l’étranger ?

Que déjà l’hésitation est normale c’est même très sain car cela prouve quon prend le projet très au sérieux. Mais à un moment, il faut vraiment y aller.

Mentalement, la première vraie étape, c’est d’accepter de sortir de sa zone de confort, de se faire confiance, de lâcher prise et d’accepter la prise de risques (désolé c’est cliché… mais c’est réel)

Et d’un point de vu plus concret et pratique, ça aide de se préparer un minimum : se renseigner sur les pays, mettre un peu d’argent de côté si possible, créer du lien sur place, trouver un environnement stable. Sans oublier quelque chose d’essentiel le respect du pays dans lequel on arrive, sa culture et ses codes.

Mais au final, il n’y a jamais de moment parfait. Autant essayer, même imparfaitement. Et franchement, même échouer vaudra toujours mieux que de rester avec des regrets ou des possibilités non explorées.

Quelles sont tes passions en dehors de l’illustration ?

En dehors de tout ce que j’ai déjà évoqué, j’ai des passions qui restent souvent liées à des univers artistiques ou littéraires.

J’adore la musique je pratique le piano depuis petit l’age de 11 ans, au debut en école avec le solfège, et aujourd’hui, plus librement, à l’oreille.

J’ai aussi une vraie sensibilité pour tout ce qui touche au bien-être et au fait de prendre soin de soi, j’ai pendant longtemps été fasciné par les avancées en produit cosmetiques, mais je suis moins fan de l’aspect commercial et suis plus dans une approche assez naturelle : les plantes, les soins maison, des choses simples et authentiques qui fonctionnent vraiment.

C’est encore une autre forme de langage qui m’intéresse beaucoup, que j’aimerais approfondir et partager aux autres.

Où te vois-tu dans 5 ans, professionnellement et personnellement ?

Je me vois marié avec mon âme sœur (🤣bien cliché je sais), j’assume mon côté un peu romantique, mais je suis assez attaché à l’idée de bâtir quelque chose de solide et stable.

Professionnellement, je me vois avec plusieurs livres édités, entre contes illustrés et projets plus introspectifs autour du bien-être. J’ai envie de créer des œuvres qui touchent, qui racontent, et qui ont du sens.

Mon objectif est de développer un univers complet, à la croisée de l’illustration, de l’écriture, de l’esthétique et du life style.

J’ai une vrai envie d’aller au dela de l’esthetique et de construire quelque chose de fort, qui évoluera avec moi et qui pourrait réellement toucher les autres. 

Et pour finir : quels sont tes projets à venir sur le court et long terme ?

Pour le moment, je finalise actuellement mon premier livre de cuisine que j’ai concu de A à Z et qui est également illustré par mes soins, destiné dans un premier temps au marché lituanien mais je vois comment faire evoluer le projet de façon pertinente et interessante pour la france.

En parallèle, je développe un produit culinaire avec des particularités et exigences qui, je l’espère, en feront quelque chose d’unique

Mon objectif n’est pas juste de vendre pour vendre, mais de proposer veritablement quelque chose de réfléchi, d’abouti et de réellement qualitatif.

MERCI pour toutes ces réponses complètes !!! J’espère que mes lecteurs auront adoré te lire !

Pour retrouver Jean c’est par ici : https://www.instagram.com/jeanmalgremoi/

1 Commentaire

  1. Marion
    11 mai 2026 / 11 h 23 min

    Article très intéressant, et les illustrations sont magnifiques, j’adore particulièrement celle avec le couple sous le ciel sublime ! 🙂
    Avoir autant de grands projets, je trouve ça fou et très impressionnant ! Même s’il est vrai qu’avec ma transition de genre et mon projet de trilogie de films, je ne suis pas la dernière à oser ! ^^
    Belle semaine. 🙂

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