Bosser en direct* c’est super parait-il : tout le cachet vous revient, pas de prélèvement de l’agence … et what else ?
En fait l’avantage qui en ressort reste uniquement l’aspect financier.
Pour ma part mon intérêt ne s’arrête pas à ça.
Qui ne rêve pas de clients originaux, d’ aventures extraordinaires, de shooting guet-apens ou tout simplement d’événements à vous couper le souffle ?
Démarchée pour un catalogue de mariage, en duo avec un autre mannequin masculin, je croise désormais les doigts pour que le dicton ne se réalise pas !
« porter la robe de mariée avant le mariage porte malheur »
La photographe X -pour ne pas la citer – qui est entrée en contact avec moi, avait l’air dès le premier mail, assez désorganisée. Mais qu’importe, à la clé, du cash … Le shooting, m’explique t-elle en anglais (ah oui c’est une asiatique qui ne parle pas français, ça rajoute tout de suite un côté warrior au shoot) s’effectuera mardi après midi. Le lendemain, nouveau mail, la prise de vue commencera mardi finalement à 11h.
Commence alors le combat pour coordonner les disponibilités (entre autre les miennes) de chacun. Au final on s’accordera sur 12h30, la veille du shoot. Rien d’exceptionnel à ça, sauf que cette acharnée de négociatrice commerciale a passé 3 mails à revoir mon salaire à la baisse pour cause d’horaires, chose qu’elle n’a pas réussi du tout.
Mardi, mardi ! Grand jour. Métro, sortie 2, elle m’attend, elle est là. Elle m’accueille grand sourire accompagné du mannequin homme et nous annonce que nous nous rendons à la boutique pour la session maquillage ainsi que pour les essayages puisque qu’il s’agit d’un shooting en extérieur. Nous pénétrons dans un immeuble délabré, et commençons à entamer l’ascension du Mont Blanc, 7 étages à pied… Mais restons positifs, c’est bon pour les fessiers après tout.
Arrivés au plus haut (et là on se dit, étrange pour un magasin), la photographe sonne. En découle la douce musique « Lettre à Elise » (originale pour une sonnette). La porte s’ouvre, et nous rentrons, pas besoin de marcher longtemps 40 cm plus tard, nous nous retrouvons dans la pièce centrale, le salon dortoir de 5 m². Deux asiatiques nous saluent, apparemment les créatrices, enfin je n’ai pas bien compris ce qu’elles essayaient de me dire, le mandarin n’étant pas ma langue natale. A 3 cm de moi, se trouve la maquilleuse, un visage familier puisque j’ai déjà eu l’occasion de travailler avec. Je me sens mieux.
Elle éclate de rire et me lance « ça promet ». Au fil du fond de teint et du blush, la sonnette n’a cessé de retentir. Nous sommes alors 9 dans la pièce. Il est 13h30 les préparations prennent fin et les essayages sont terminés. Les essayages … dans le pseudo couloir de 90 cm par 80 cm sachant que les robes ont un diamètre d’au moins un mètre.
Mais ça n’a rien de grave en soi, c’est une petite production on ne s’attend pas à autre chose et faire sa princesse ce n’est vraiment pas mon truc. En fait je dirais même que depuis l’épisode des sept étages dans le mini escalier je m’attendais à tout.
Je sympathise très vite avec le mannequin, chouette type, vraiment gentil. Il avait tellement faim, qu’il en a même refusé les sandwich qu’on lui proposait… Manque de confiance ? C’est ce qu’il m’a confié plus tard.
14h, habillés, coiffés, prêts, nous partons sur le premier lieu avec la voiture où le A trône. 35 min de bouchons plus tard, nous voilà sur la passerelle Alexandre III. Mais quel dommage ! Elle est déjà bloquée pour cause de tournage… Mais une petite parcelle reste accessible. La photographe s’énerve, elle n’a pas de réflecteur. Ah. Bon. Tant pis, déclare t-elle on commence !
Débute alors 2 heures de shooting avec la même robe dans 8 lieux différents ! La boutade. Les poses sont de plus en plus « cul cul ». Allant de la course main dans la main avec mon partenaire (Pamela et Mitch sont dans la place, en plus la photographe a insisté pour me mettre les prothèses mammaires en silicone, autant vous dire que quand on court ce n’est pas méga pratique), à celle où l’on est face à face, toujours mains dans les mains, en se penchant en arrière. Sans oublier le must : s’allonger dans l’herbe l’un sur l’autre. Tout ceci ponctué de « act the love » par notre photographe. La maquilleuse se retient de rire. Les passants s’arrêtent, nous prennent en photo et là je me suis dit pour la première fois, pourvu que je ne croise personne que je ne connaisse.
Place de la concorde, la traine de la robe se retrouve, par je ne sais quelle (miracle) mauvaise manipulation, couverte de danone au chocolat. Un des asiatiques crie alors qu’il faut que je passe la seconde et dernière tenue (enfin !!!!!! youhouuu). Mais où se changer ? Ah mais c’est simple et concret, tu vois notre (petite) voiture là bas, garée en warning, là où tout les gens passent ? Bah là tiens ! Ah. Ok. bon.
Me voilà assise sur toute la banquette, oui puisqu’il s’agit d’une robe de mariée qui prend, accessoirement toute la place… J’essaie de m’en extirper et de l’enlever par le bas, mais ce foutu jupon à cerceaux en a décidé autrement, il faut que je trouve une autre solution et vite! Au passage je souris aux gens qui me regardent ! J’adore ces ambiances intimistes ! 7 min plus tard, seule sur ma banquette et coincée dans ma robe je commence à désespérer et à baisser les bras. Arrive alors, à mon secours la maquilleuse, qui est outrée de la situation dans laquelle le client m’a mise. On enfile la seconde robe, (aussi moche que la première et encore moins repassée) et toute la troupe remonte en voiture. Destination le pont des Arts. Ah tiens, un pont pour changer !
Il est 17h, sachant que chacun de nous est payé pour 3h de shoot, et j’ai aussi envie de rajouter peu cher payé, j’espère intérieurement que la séance va bientot prendre fin. Pas si intérieurement que ça en fait… 17h40 la photographe fait attention à ses models et me demande si je vais bien ?! Je lui demande alors à quelle heure elle pense finir le shooting puisqu’elle m’avait parlé de 2h30 de shoot. Elle me sourit, « the weather is so beautiful I think we will finish at 7 pm ». Je lui rends son sourire forcé « Oh ok« . Et je raconte ce détail à tous mes compatriotes qui ne semblent pas non plus enchantés par la nouvelle. Il faut agir ! Prenant mon courage à deux mains, je me lance. C’est la 1ere fois que je fais ça, mais trop c’était trop !!
« Mmmmmh (oui je m’apprête à parler anglais concentration oblige) You told me that this shoot is during 2 hours and half. But now You said 7pm right ?
I know but it’s a beautiful shoot (rapport?)
Yesssss (super accentué genre oui c’est génial de shooter avec toi et ces si jolies robes) but I Have other plan for tonight u know, because u told me 2 hours and half so I can’t stay here now!!
Oh… Well we will finish in 40 minutes ok ? I want to shoot in Le Pont Neuf. »
En fait, là je ne fais pas encore ma pure « française », pour le moment je m’écrase. La maquilleuse s’écrie en français non mais moi c’est mort j’ai mon gosse qui m’attend là ! Elle m’a dit pas après 17h30 c’est bon quoi.
Ok Camille tu parles anglais (enfin tu te débrouilles) tu dois affronter cette situation, tu peux le faire.
Reprise du dialogue :
« No you pay me for 2 hours and half and the other too. You know I work a lot and It’s the fisrt I am really really fed up with a shoot , you understand ? »
Les asiatiques se concertent, en mandarin. La sonnerie de portable du client retentit, la chanson « Hélène je m’appelle Hélène » BOUTADE.
« Ok ok, I will pay you …. (ils rajoutent des euros alors qu’ils n’avaient pas de budget? étonnant)
« It’s not a question of price, you told me 2 hours and half and you pay me for that. I want to stop now » Je commence à en avoir assez je ne suis pas marchande de tapis !
Je passe outre toute cette conversation (et mes fautes d’anglais). 5 min après nous remontons dans la voiture et regagnons l’appartement. Mission réussie.
Je passe surement pour la fille qui a trop confiance en elle. Mais pas du tout, il fallait voir l’organisation de ce shooting, et puis on était pas payé pour faire 5h de shoot mais pour en faire 2h ! voir 2h30 max ! Alors à un moment il faut pas tout laisser passer mais agir ! Vu le minuscule (je vous promets) budget en plus !
Et qui sait, au final, si ça se trouve le client va utiliser ces visuels pour en faire des campagnes pub en Chine et personne ne pourra vérifier…
* dans le jargon professionnel de la mode, signifie travailler en freelance
Copyright ©2009 – Camille G