CamilleG

La nouvelle : une histoire de famille recomposée

Ah la famille recomposée… Sacré sujet sur lequel s’est attardé le scénariste-réalisateur Eric Assous dans sa pièce de théâtre La Nouvelle. Que se passe-t-il quand un veuf présente à ses deux fils sa nouvelle compagne, de vingt ans moins que lui ?

Vous vous en doutez, puisqu’il s’agit d’une pièce de théâtre, la scène va sacrément chauffer.

Le premier acte, bien que trop calme et plat, pose les bases. Cette lenteur est vite pardonnée quand on plonge dans les décors : un salon moderne et chic où l’on aperçoit sur la droite une cuisine ouverte. On se croirait presque chez la Roche Bobois avec en bonus le placement de produit de l’enceinte phantom de Devialet au premier plan sur la gauche. En arrière-plan se dresse une immense baie vitrée avec vue sur le jardin où la météo oscille entre pluie, vent et nuage gris.

A en croire le temps, une tempête va exploser dans les minutes qui suivent.

Richard Berry, le veuf soixantenaire, a trop longtemps souffert dans son premier mariage pour continuer de subir sa vie. C’est avec gêne et maladresse qu’il introduit à ses deux instables de fils, la jolie Mathilde Seigner. Moulée dans une robe rouge vif, cette dernière n’hésite pas à s’imposer et à hausser le ton auprès de ses convives à partir de l’acte deux. On reconnait bien là l’étiquette qui lui colle à la peau : sa grande gueule.

Vous l’aurez compris, comme dans toutes interactions sociales, quand on ne connait pas, au début d’une rencontre on fait profil bas face à ses interlocuteurs. C’est sûrement à cause d’une bonne éducation et d’une politesse reconnue chez nos ainés, que certains critiqueront le premier acte, jugé trop mou. Seul l’un des fils osera se dresser contre son père et lui faire part de son jugement. Le loupé de la famille, au sentiment d’infériorité, n’hésitera pas à critiquer sans filtre le patriarche et sa nouvelle muse.

A partir du deuxième acte, l’ouïe et la vue sont tenus sans cesse en éveil.
Cinq personnages, répartis à tous les coins d’une grande scène. Il va falloir rester concentré, comme lors d’un match à Roland Garros. Dehors la pluie est battante et les coups de tonnerre ponctuent les dialogues riches en sarcasme. Les pointes d’ironie soulèveront l’étonnement chez certains et le rire chez d’autres. Richard Berry remplit la scène et affirme sa position d’acteur charismatique. Ses haussements de ton vous crisperaient presque. Quand il parle on le fixe, à en oublier de cligner les yeux.

La colère et la fragilité sont deux sentiments qui cohabitent chez les personnages. Seule la belle-fille, apporte une touche de légèreté et de gaieté à la pièce. Je remercie le metteur en scène de ne pas avoir choisi une blonde pour ce rôle, cela aurait encore bien donné du fil à retordre aux blondes.

Le rideau tombe. Fin du deuxième acte. Ou de la pièce. Nous ne savions pas vraiment. L’acte s’étant conclu sur une scène digne d’une conclusion, nous applaudissions avec un pincement au cœur. Déjà terminé ?

Fort heureusement le rideau se lève, révélant un changement de décor. Ce troisième et dernier acte n’aura pas été mon préféré. Un peu lourd et surfant trop sur les stéréotypes. J’ai eu la sensation d’être dans une comédie loufoque, typique de celles des boulevards. J’ai rapidement été lassée, malgré quelques rebondissements inattendus.

Pour conclure, je recommande cette pièce parce que vous y passerez un bon moment. Grace aux deux pointures, Richard Berry et Mathilde Seigner, la pièce dépasse l’impression de superficialité que l’on peut s’en faire en lisant le speech de présentation. Le jeu des acteurs vaut clairement le détour. Chapeau bas ! Et merci !

Infos sur la pièce
Auteur : Eric Assous 
Interprètes : Richard Berry, Mathilde Seigner, Rudy Milstein, Héloïse Martin et Félicien Juttner 
Réalisateur/Metteur en Scène : Richard Berry
Du vendredi 15 septembre 2017 au dimanche 7 janvier 2018
THÉÂTRE DE PARIS
15, rue Blanche – 75009 Paris