Faut que je vous parle d’un sujet qui m’hérisse les poils. Qui me tend. Qui me met hors de moi. Qui me fait perdre patience. Désormais je ne mâche plus mes mots face à ces parents avec qui je n’ai rien en commun. Je m’occupe de ma fille le plus possible, et cela depuis qu’elle est née. Je ne la confie pas (sauf si urgences), j’essaie d’être toujours disponible pour elle. Facile me diront certains « tu n’as qu’un enfant ». La phrase qui les aide à décomplexer de leur attitude indigne.
Pardon mais ris quand ils sortent ça.
On pourrait croire que vouloir passer du temps avec son enfant est un acte banal, naturel, évident. Mais dans notre monde moderne, où tout va trop vite et où la parentalité se consomme à coups de checklists, prendre le temps devient presque une provocation.
Il suffit d’observer les réactions quand un parent choisit de s’investir pleinement dans la vie de son enfant : tout de suite, les regards s’aiguisent, les sourires se figent, et les jugements tombent, lourds comme des couperets. Sont-ils un peu jaloux de ne pas avoir le luxe de faire ce qui finalement leur semble bon ? Allez savoir…
Vous voulez passer du temps avec votre bébé ? Leur réponse fuse :
« Tu vas en faire un assisté ».Vous organisez votre emploi du temps pour être présent aux sorties scolaires ?
« Il faut le lâcher un peu, il va s’étouffer ! »
Vous vous efforcez d’accompagner ses émotions, d’écouter ses petits récits interminables sur son doudou ?
« À force de tout écouter, il va croire que le monde tourne autour de lui. »
Traduction : vouloir être présent pour son enfant, c’est suspect. C’est même idiot, apparemment.
Selon eux, vouloir s’occuper pleinement de son enfant, c’est être un parent débile. Un parent naïf. Un parent qui n’a rien compris à la dure réalité de la vie. Personnellement, je gère mon blog, mon entreprise, ma fille à 100%, ma vie de famille, les corvées et j’en passe. Je crois que je bosse beaucoup plus que certains parents en CDI et bizarrement je trouve le temps et l’énergie pour être présente pour mon enfant.
Le sous-entendu est toujours le même : si vous donnez trop, vous êtes en train de mal élever votre enfant. Pourtant, soyons honnêtes : ce n’est pas votre enfant qui est en cause, c’est leur propre malaise.
Ils n’assument pas leurs choix de vie
Mais la réalité est plus dérangeante pour eux : notre présence leur rappelle leur absence.
Certains parents, qui n’ont pas pu ou pas voulu s’impliquer autant (par choix, par contraintes, ou par fatigue), ressentent votre investissement comme un miroir gênant de ce qu’ils auraient aimé faire — ou de ce qu’ils n’ont pas pu faire. Alors, au lieu d’interroger leur propre sentiment d’insatisfaction, ils préfèrent vous tourner en ridicule.
Il est toujours plus facile de taxer les autres d’imbécilité que de se confronter à ses propres regrets.
Prendre soin de son enfant, au fond, ce n’est pas être idiot.
C’est être conscient que les premières années de la vie posent des fondations essentielles : confiance, sécurité intérieure, estime de soi.
C’est savoir que l’attention donnée aujourd’hui est le terreau de l’autonomie de demain.
C’est comprendre qu’accompagner n’est pas enfermer, aimer n’est pas asservir.
Et là où le ridicule atteint son sommet, c’est pendant les vacances.
Ces fameux parents, qui voient à peine leurs enfants pendant l’année — travail, réunions, stress, métro-boulot-dodo — qu’est-ce qu’ils font quand ils ont enfin l’occasion de passer quelques jours ensemble ?
Ils les dégagent.
Ils les inscrivent direct au « club enfant » de l’hôtel, pour être tranquilles. Pour pouvoir siroter leur mojito en paix sans qu’un petit humain vienne « gâcher » leur sacro-sainte détente.
Le pompon ? Ils arrivent même à se convaincre que c’est « pour leur bien ». Que « c’est mieux pour eux », que « c’est important qu’ils soient entre enfants ».
Évidemment. Après une année entière à courir après des horloges, à n’avoir que des miettes de moments partagés, quel meilleur cadeau qu’une semaine supplémentaire de séparation soigneusement organisée ?
C’est pathétique.
Et parlons aussi de ces parents champions du « laissez pleurer »
Le soir venu, quand leur enfant, petit être de deux ou trois ans, pleure dans l’obscurité, paniqué, perdu, appelant juste pour un câlin, pour une présence rassurante, eux restent fermement vissés sur leur canapé, fiers d’avoir « tenu bon ».
« Il doit apprendre à s’endormir seul. »
« Il fait son cinéma. »
« S’il pleure, c’est qu’il manipule. »
Ah, cette vieille rengaine pseudo-psychologique qui justifie tout : ignorer les appels au secours, fermer la porte aux angoisses de l’enfance, imposer la solitude en guise d’apprentissage.
À force de prendre les besoins affectifs d’un enfant pour des caprices, ils fabriquent quoi ? Des enfants autonomes ? Non.
Ils fabriquent des enfants résignés. Des enfants qui apprennent très tôt qu’on ne viendra pas. Qu’exprimer une émotion ne sert à rien.
Bravo, vraiment. Belle performance éducative.
Tout ça pour quoi ? Pour « avoir la paix » deux heures plus tôt le soir.
Et ce sont ces mêmes parents qui, ensuite, viendront donner des leçons de vie, expliquer que « trop s’occuper de ses enfants, c’est mauvais », qu' »il faut leur apprendre l’autonomie » — comprendre : leur apprendre à être seuls, tôt, tout le temps, parce qu’eux-mêmes n’ont pas le courage d’être présents.
Le délire de « il va devenir un enfant-roi »
Et puis, il y a l’autre grand fantasme moderne : croire que ne pas hurler sur un enfant, ne pas le taper, ne pas l’humilier, c’est en faire un « enfant roi ».
Parce qu’évidemment, dans leur logique brinquebalante, respecter un enfant, lui parler calmement, lui accorder du temps et de l’attention équivaut forcément à « se laisser marcher dessus ».
Ils oublient un détail :
La vraie autorité ne se construit pas sur la peur.
Le vrai respect ne naît pas de la violence.
Hurler, frapper, punir sans comprendre, ce n’est pas éduquer : c’est abdiquer.
C’est céder à sa propre impuissance. C’est, au fond, choisir la solution la plus rapide, la plus brutale, celle qui anesthésie momentanément un problème au lieu de l’accompagner avec intelligence.
Un enfant respecté n’est pas un enfant roi.
C’est un enfant qui apprend que ses émotions ont une valeur, mais que le monde n’est pas non plus un tapis rouge déroulé devant lui.
C’est un enfant qu’on élève avec fermeté ET bienveillance, pas dans la terreur déguisée en éducation.
La vérité, c’est que s’occuper de son enfant, vraiment, demande du courage.
Du temps.
De l’engagement.
De l’écoute patiente.
Pas de la gestion industrielle façon « planning de loisirs externalisés ».
Vouloir être là, vraiment, c’est bâtir quelque chose qui ne se voit pas immédiatement : une sécurité intérieure, une confiance en soi, une base solide.
Mais dans une société où l’on confond indépendance et abandon, où l’on valorise l’enfant « qui se débrouille tout seul » à 3 ans parce que ça fait moins de bruit, moins de boulot, vouloir s’investir est perçu comme une faiblesse.
Alors tant pis.
Qu’ils ricanent, qu’ils jugent, qu’ils nous prennent pour des demeurés.
Nous, pendant ce temps-là, on sera là.
À écouter leurs histoires farfelues.
À soigner leurs bobos imaginaires.
À être ce repère stable dans un monde pressé.
Et un jour, nos enfants n’auront peut-être pas besoin de mille séances de thérapie pour comprendre qu’ils méritaient d’être aimés, écoutés, respectés. Parce qu’on aura pris le temps de leur montrer, jour après jour.
Franchement, vaut bien quelques moqueries mal digérées.
Alors, à tous ceux qui nous regardent de travers quand on choisit d’être là pour nos enfants, on pourrait répondre poliment.
Ou juste sourire.
Parce qu’au fond, on sait très bien qui sont les vrais demeurés dans cette histoire.