CamilleG

Sans filtre : Dario, les confessions d’un escort qui répare les âmes

Pendant près de trois heures, j’ai écouté Dario répondre à mes questions et se livrer sur son quotidien peu banal qu’il vit en tant qu’escort*. Avant cette rencontre, j’avais mes propres idées reçues sur le sujet, je m’imaginais faire face à une personne marginale, déconnectée de la société, peut-être même abimée intérieurement, qui sait. Mais dès le début de notre entretien, j’ai rapidement été désarmée par son élocution, son vocabulaire et, surtout, son parcours de vie. À 41 ans, dont dix passés dans l’industrie du sexe tarifé, cet homme au profil inattendu déconstruit un à un les clichés d’un métier de l’ombre, celui qui fait rougir de plaisir. Loin du profil de gigolo superficiel, il se révèle être un confident, un gentleman et le témoin privilégié d’une misère affective que l’on préfère ignorer. Rencontre avec Dario.

*escort est un synonyme de prostitué, pas une réinvention du métier.

Le moment où tout bascule : l’urgence d’un père

Dario n’a pas toujours évolué dans ce milieu, il y est entré sur le tard, à 31 ans. Auparavant, il a enchaîné divers métiers et mène aujourd’hui, en parallèle de son activité d’escort, une carrière dans un secteur de niche qu’il préfère garder secrète. Ce qui l’a poussé vers l’escorting ? « Les complications de la vie », lâche-t-il sobrement. À l’époque, il traverse une séparation houleuse et se bat pour faire valoir ses droits de père, exigeant une garde alternée équitable avec son ex, pour ses enfants. Les factures s’accumulent et atteignent des montants vertigineux. Frais d’avocats colossaux, dépenses de location et de déplacements pour voir sa progéniture un week-end sur deux. L’urgence financière est totale, il doit rapidement trouver une solution pour ne pas tomber dans la précarité.

C’est au détour d’un café que son destin bascule. Une amie lui avoue qu’en marge de son emploi, elle vend ses services de prostituée à des hommes et en tire de très bons revenus. « Je ne m’attendais absolument pas à ces révélations. N’ayant pas 50 diplômes, je me suis dit : pourquoi pas tenter l’expérience et voir où ça me conduit ? » se souvient-il. Dès sa première annonce, il reçoit quelques réponses. Son premier rendez-vous s’avère particulièrement lucratif. « J’avais fixé un fort prix, au hasard, n’y connaissant pas grand-chose » admet-il. De fil en aiguille, il rencontre une cliente qu’il fréquentera assidûment pendant sept mois, à elle seule, elle payera ses factures. « Je ne cherchais pas à devenir riche, mais à régler ces sommes monstrueuses », précise-t-il.

Si son activité est née d’une nécessité absolue, Dario l’a transformée au bout de cinq ans en une véritable « entreprise ». Il décide d’optimiser ses services, de les considérer de manière professionnelle, avec des taux horaires fixes. En France, la prostitution s’exerce dans un cadre juridique particulier. Si le fait de se prostituer n’est pas en lui-même pénalisé, le recours à la prostitution est sanctionné pour le client. Sur le plan fiscal, les revenus tirés de cette activité sont déclarés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC). Certain(e)s escort(e)s, selon Dario, déclarent leurs revenus au fisc sous la couverture de « masseur(euse) » ou « esthéticien(ne) à domicile ».

Au-delà des clichés : une plongée dans la misère sociale

Lorsque je lui demande qui sont ces femmes prêtes à payer pour sa compagnie, Dario balaie immédiatement le cliché tenace de la cliente « vieille, moche et aigrie », « heureusement pour moi, ce n’est pas la réalité du terrain » sourit-il. S’il reçoit de jeunes femmes dans la vingtaine ou la trentaine, parfois désireuses de perdre leur virginité, ou de reprendre confiance après avoir subi des violences, il a surtout décidé de n’exclure personne. Contrairement à beaucoup d’escorts masculins très sélectifs, Dario accepte tous les rendez-vous, même sans attirance physique initiale. Une habitude née de son ancienne urgence financière, mais qu’il a conservée par « vocation ». Lorsqu’il accepte un rendez-vous, trois critères guident son choix : l’aspect financier, qui est évidemment le critère principal, le plaisir (physique ou intellectuel), et le sentiment d’être utile. Il considère les deux derniers comme importants mais pas primordiaux.

« Je vis autrement cette activité, je prends en considération les gens, je suis vraiment décalé par rapport à ce métier ; un vrai gentleman en somme » précise-t-il.

« En 10 ans d’expérience je pense être devenu un baromètre représentatif du métier et je peux vous assurer que les femmes ou les couples qui osent franchir le cap sont moins nombreux qu’on ne l’imagine » confie-t-il.

Derrière le vernis du fantasme tarifé, Dario se confronte pourtant quotidiennement à la misère sociale et humaine. « On imagine aussi parmi mes clientes des femmes d’affaires riches, mais c’est une infime minorité. La vérité, c’est que ce sont des femmes qui souffrent de solitude, en couple ou non, qui paient pour une compagnie, une écoute et non pas que pour du sexe. »

Ses anecdotes, glaçantes ou poignantes, pourraient noircir les pages d’un livre autobiographique. Il se remémore cette femme, venue dans une chambre d’hôtel par simple « vengeance » après avoir découvert que son mari flirtait par messages, avec une autre. Finalement, aucune relation sexuelle n’a eu lieu. Elle avait subi de graves brûlures des années plus tôt et avait viscéralement besoin d’être rassurée, de savoir comment un homme la trouvait en sous-vêtements. « C’était une très belle femme, on ne voyait quasiment plus ses cicatrices », glisse-t-il avec tendresse.

Parfois, la réalité prend des allures de film d’horreur. Dario évoque cette jeune cliente lourdement handicapée – tétraplégique, peinant à bouger son cou – victime de tortures physiques et mentales par des hommes de son quartier, et de violences parentales. Lors de leur deuxième rencontre, elle lui avoue avoir versé un acompte à une association suisse pour un suicide assisté pour ses 30 ans. Refusant de fuir cette situation éprouvante, Dario l’a vue plusieurs fois par semaine pendant six mois, espérant ainsi lui redonner goût à la vie. Au bout de ces six mois, elle a coupé les ponts et a disparu de la circulation. Il ignore aujourd’hui ce qu’elle est devenue mais pense qu’elle est toujours vivante.

Ce rôle de confident et d’accompagnant, il l’assume pleinement. Il va même jusqu’à prendre sur son temps libre pour accompagner des clientes vers des associations pour femmes battues, par exemple, afin qu’elles soient prises en charge.

Les coulisses du métier : logistique, tarifs et maris complices

Le quotidien de Dario l’amène à se déplacer en France, mais pas seulement. Suisse, Monaco, Luxembourg, Portugal, Malte, Égypte, ou encore Londres. Les lieux de rencontres dépendent du portefeuille des clientes. En fonction du profil des femmes, il propose plusieurs solutions qui répondent à toutes les bourses. Hôtels luxueux avec spa, hôtels payés à l’heure (type Love Hôtel), passage par la case restaurants et bars élégants… Ou rendez-vous directement au domicile de Dario pour les plus démunies, ou celui des femmes lorsqu’elles craignent que leur mari ne surveille les comptes bancaires.

Les maris, justement, jouent parfois un rôle surprenant dans cette aventure. Si certaines femmes viennent soigner une misère sexuelle dans le dos de leur conjoint, d’autres arrivent avec leur accord. « Quand il n’y a plus de sexualité, l’homme valide parfois l’idée. Il arrive même que ce soient les hommes qui commanditent ma rencontre et que ça les excite » confie Dario.

Effectivement, le candaulisme fait partie des pratiques qu’il rencontre chez certains couples. Il s’agit d’exposer sexuellement ou partager son conjoint avec une (ou plusieurs) personnes, sans participer directement à la relation sexuelle.

Il lui est d’ailleurs arrivé, à deux reprises, de fréquenter des femmes dont le conjoint était incarcéré. Ce dernier exigeant des photos et vidéos de leurs ébats, en retour. Dario rencontre aussi de riches couples étrangers en vacances en France, qui préfèrent la sécurité de ses services dans des endroits somptueux plutôt que les clubs libertins. Avec eux, la règle de Dario est claire : aucun acte homosexuel de sa part et aucune pratique de soumission vis-à-vis de lui.

« Les femmes que je voie sont toujours gentilles et respectueuses. Elles ne viennent pas pour assouvir des fantasmes. Elles traversent des problématiques, plus de sexe dans le couple par exemple. Elles souhaitent simplement une relation sexuelle simple, elles veulent vivre un moment vrai et romantique. Ce sont surtout les couples qui ont des fantasmes, du moins les hommes qui se pointent avec leurs idées » précise-t-il.

Côté argent, Dario connaît sa valeur et refuse toute négociation pour une prestation d’une ou deux heures. En revanche, il peut éventuellement ajuster ses tarifs pour des séjours de 48h ou plus. Il lui arrive, régulièrement, de se rendre à des escapades romantiques hors Ile-de-France.

« Par expérience, quelqu’un qui tente de réduire mes prix ne va pas plus loin dans sa démarche » remarque-t-il.

Cependant, il sait faire preuve de compassion quand il le faut : « Si ma cliente est une femme qui veut retrouver confiance en elle après une agression, ou qui présente une nécessité liée à une problématique profonde, mais que celle-ci n’a pas les moyens je peux baisser un chouia mes prix. » À l’inverse, un rendez-vous pris au prestigieux hôtel de Crillon fera grimper la facture. En moyenne, son taux horaire reste très raisonnable face aux escortes femmes, dont les tarifs oscillent entre 300 et 500 euros de l’heure.

Concernant sa sécurité quand il rencontre ses clientes ? En dix ans de métier, Dario affirme n’avoir connu qu’un seul rendez-vous où la cliente ne s’est pas présentée et aucune situation qu’il considère comme dangereuse. En tant qu’homme, le rapport de force le protège des agressions subies par ses consœurs. Les femmes, parfois, reçoivent leurs clients chez elles et comme elles possèdent des espèces, cela attire les délinquants et les voleurs ; ce qui peut conduire à des drames.

Dario préfère être payé en début de rendez-vous pour ne pas parasiter la rencontre, mais se refuse, par élégance, à recompter les billets devant la cliente. « Et est-ce qu’il manque des billets ? rarement, par faute d’inattention, certainement » indique-t-il.

La mécanique du désir : un athlète sous contrôle

Comment feindre l’attirance quand le physique n’y est pas ? Ancien libertin assumé, Dario est un homme très sexuel qui a su adapter son corps à son métier, sans jamais recourir à la moindre pilule.

« De base, je suis quelqu’un de très sexuel avec une réelle appétence pour le sujet. Ma vie sexuelle était d’ailleurs beaucoup plus riche qu’avant l’escorting » évoque-t-il.

Pour l’aider à « fonctionner », il utilise trois techniques mentales :
« Je change ma vision : je regarde son « être intérieur », je repense à ce qu’elle m’a confié pour oublier le paraître. Une personne qui m’ouvre son cœur finit par moins me repousser.
Sinon, je me concentre sur une partie précise de son corps, comme sa poitrine.
Ou bien, j’imagine quelqu’un d’autre. »

Pour s’assurer d’être à la hauteur lors des rendez-vous qui s’enchaînent dans la même journée, Dario s’impose une discipline de fer : il ne jouit jamais avec ses clientes. Cette frustration volontaire lui permet de maintenir la tension sexuelle nécessaire à son métier. L’aboutissement physique est un luxe qu’il réserve à sa vie privée, quand il en a une.

« Aujourd’hui, quand je songe au sexe, je l’associe davantage à mon travail, qu’à ma vie personnelle. Je n’ai d’ailleurs que très peu de temps pour cette dernière » annonce-t-il.

Ce contrôle total passe aussi par une hygiène de vie digne d’un sportif de haut niveau. Pas de desserts, pas de produits laitiers, aucun alcool en dehors de ses rencontres, peu de soirées festives et des tests IST tous les trois mois. « Je vends une image, un fantasme, je dois me différencier des hommes que l’on trouve sur Tinder », explique celui qui soigne son apparence avec la plus grande rigueur.

Il faut garder en tête que celles que Dario rencontre n’ont pas ou plus de sexualité active, donc statistiquement moins de chance d’avoir des ennuis de côté sur ce plan. « Elles me demandent rarement si j’ai des preuves de mon état de santé, sauf une habituée qui est infirmière » confie-t-il.

Certaines de ses clientes ont eu de mauvaises expériences avec des « concurrents », avant lui. « Ce n’est pas étonnant, beaucoup d’idiots se tournent vers ce métier. Il y en a d’ailleurs un qui a copier-coller mon annonce pour créer la sienne » s’amuse-t-il. Avant de valider un profil d’escort, il est primordial que les femmes prennent le temps de peaufiner leurs recherches pour éviter de tomber sur le premier imbécile de service.

La limite de l’intime et le poids du secret

Si Dario encaisse beaucoup mentalement, il impose des limites infranchissables. La première, pas de suivi en dehors des rendez-vous. Les échanges interminables par SMS ? Il refuse de se prêter au jeu du « petit ami virtuel ». Il n’a tout simplement pas le temps et encore l’envie. « Lorsque mon rendez-vous avec une femme se termine, je passe immédiatement à autre chose. Je ne vis pas dans le passé, je ne ressasse pas mes expériences avec les clientes » déclare-t-il. S’il sent qu’une cliente développe des sentiments amoureux, il préfère rompre tout contact pour la protéger et se protéger.

Si certaines clientes se montrent irrespectueuses, abusent d’alcool, de drogues, ou croient que l’argent achète l’homme et non son temps, il sait les recadrer. « Les agressions ? Cela concerne plutôt les escortes femmes et leurs clients masculins » remarque-t-il.

Il lui est arrivé de frôler le comique de situation : « Avant un rendez-vous, j’envoie toujours une photo pour confirmer que mon physique plaise à la cliente. Il m’est arrivé de tomber sur des ex lorsqu’elles découvraient mes photos ! (rires) Les rencontres ont même eu lieu. » En revanche, il n’oblige aucunement les femmes à envoyer des images d’elles. « On peut garder la surprise et cela leur évite de sentir gênée » dit-il.

Dans sa propre vie sentimentale, Dario joue la carte de la franchise. Il avoue son activité aux femmes qu’il fréquente : 95% d’entre elles l’acceptent, comprenant l’origine de sa démarche.  « Il faut quand même préciser que je suis attiré par un type de femmes qui me le permettait… Toutes n’auraient pas digéré la nouvelle » explique-t-il.

Une seule fois, il a tout arrêté par amour pour une femme, une décision qu’il a amèrement regrettée car cette idylle ne lui a pas apporté la paix intérieure espérée.

« J’ai déjà été charmé par des clientes mais amoureux, non. Mais cela peut arriver, je ne me ferme aucune porte » sourit-il. « Oui, je pourrais tout à fait aller plus loin avec elle si une cliente me plaisait. Mes relations avec ces femmes sont vraies car on sait pourquoi on se voit. Les femmes se sentent en confiance car il n’y a pas de manipulation de ma part. Cela conduit à des relations plus fortes et peut parfois mener à l’ambiguïté » reconnait-il.

Le point noir de sa vie reste sa famille. Pour justifier son train de vie, qu’il maintient très simple et loin de toute exubérance, il ment et s’invente une vie professionnelle. « C’est là le point le plus sombre de mon activité : devoir mentir à ceux que j’aime », confie-t-il, la voix légèrement voilée.

Mais alors que répondre aux gens qui lui demandent ce qu’il fait dans la vie ? « J’évite tout bonnement de poser la question pour pas qu’on me la retourne. Et quand c’est le cas, je parle de mon autre activité officielle » souffle-t-il.

« Je ne vais pas céder à la pression de la société »

Où sera Dario dans dix ans ? Il ne l’aurait jamais cru, mais son activité dure et a de beaux jours devant elle. Bien sûr, il a suivi des formations, cherché d’autres voies pour rendre sa famille fière d’une « réussite » plus classique. Mais le constat est là : pourquoi replonger dans l’angoisse des fins de mois difficiles ? « Je ne vais pas céder à la pression de la société pour mener une vie qui ne me rendra pas plus heureux. Tant que je suis en forme et en phase avec moi-même, pourquoi y mettre fin ? » lâche-t-il.

Il profite de cette tribune pour faire passer un message aux pères séparés : « Si je prends la parole dans les médias, c’est aussi pour aider les pères à traverser les situations compliquées comme la mienne, leur dire qu’il ne faut rien lâcher et continuer de se battre pour faire valoir ses droits auprès de leurs enfants, coûte que coûte » soupire-t-il.

En quittant Dario, je repense à ses mots sur ceux qui jugent sans connaître. Les médias donnent souvent la parole aux travailleuses du sexe aux parcours cabossés, faussant l’image globale d’un milieu tentaculaire où existent aussi de vraies réussites, des escorts qui rendent d’immenses services humains à ceux qui n’ont plus de solutions. On minimise trop souvent leur impact social. De cette interview, je ne retiens aucun mépris, aucun dégoût, seulement la sincérité troublante d’un homme qui, derrière les portes closes des hôtels, écoute, répare et console. Une action que personne n’aurait cru possible.

« La prostitution existera toujours et ça va beaucoup plus loin qu’on ne le croit. La preuve, grâce à ce métier j’élargis mes champs d’action, surtout lorsque j’aide les femmes en détresse et que je les accompagne pour démarcher des associations / centres, etc. » conclue-t-il…

Dario se dit authentique et ce n’est pas pour rien que ses clientes se sentent à l’aise avec lui.

Ce qui me conduit au témoignage d’Éloïse, l’épouse de l’ombre qui s’offre une illusion parfaite pour protéger (pour un temps) son couple.

Après avoir exploré le quotidien de Dario, escort masculin, nous passons de l’autre côté du miroir. Qui sont ces femmes prêtes à rémunérer un homme pour son temps et son intimité ?

Éloïse est l’une d’entre elles. Femme « mûre » à la carrière florissante, en couple depuis vingt ans, elle a fait appel aux services de Dario depuis février 2026. Loin des clichés de la femme esseulée et désespérée, elle livre un témoignage d’une lucidité désarmante. L’histoire d’une femme qui a choisi l’infidélité tarifée non pas pour détruire son couple, mais, paradoxalement, pour le préserver. Confessions d’une cliente de l’ombre.

Le point de rupture : un amour devenu platonique

L’histoire d’Éloïse commence là où beaucoup de mariages s’essoufflent en silence. En couple depuis deux décennies avec un homme de dix ans son aîné, elle a d’abord connu une relation passionnée. Mais le temps et un souci de santé de son conjoint ont eu raison de leur intimité. Aujourd’hui, leur amour est devenu quasiment platonique. Pour Éloïse, la pilule est amère : « Le sexe a une place importante à mes yeux dans un couple. Je me sentais transparente, je n’étais plus désirable à ses yeux. »

Face à cette impasse, son compagnon choisit l’inertie. Le désir est devenu accessoire pour cet homme retraité qui préfère désormais « jouer au golf avec ses amis » plutôt que de consulter un sexologue ou de chercher des solutions à deux. La frustration d’Éloïse se mue alors en conflit, plongeant le couple dans une spirale d’incompréhension. « Il y avait même derrière ma démarche une forme de vengeance au début », avoue-t-elle, « je lui en voulais de me faire vivre ça. »

Mais comment combler ce vide charnel quand on occupe un poste à responsabilités ? De par son statut en entreprise, succomber aux charmes d’un collègue est inenvisageable. Les sites de rencontres ? Éloïse les juge « impossibles et absolument pas sécures ». Elle cherche par ailleurs un profil bien précis : un homme doté d’un minimum de culture, de savoir-être, et résidant loin de sa région pour garantir un anonymat absolu.

Le choix de l’escorting : surmonter les préjugés

L’idée de faire appel à un escort ne s’est pas imposée naturellement. Comme beaucoup, Éloïse nourrissait de lourds préjugés sur le milieu. « L’esprit collectif trouve cela dégradant de vendre son corps. L’image véhiculée n’est pas positive. On pense tout de suite à des personnes en plein désespoir, qui traversent des moments de vie sordides. Et puis, il faut rappeler que c’est une pratique illégale », analyse-t-elle.

L’offre sur le « marché » masculin la laisse également perplexe : elle constate que les profils disponibles sont souvent peu flatteurs, que la maîtrise du français y est parfois approximative, et que 90 % des escorts hommes s’affichent homosexuels ou bisexuels. Éloïse, elle, veut un homme exclusivement hétérosexuel, cultivé et soigné.

C’est finalement un jour, devant son écran, que le déclic opère. En visionnant un reportage consacré aux escorts sur Prime Video, elle découvre le témoignage de Dario. Son élocution, sa bienveillance et son humanité tranchent avec le reste de la profession. Il sort du lot. Après de longues semaines de réflexion, elle prend contact avec lui. Les fondations de sa double vie viennent d’être posées.

L’illusion parfaite : des hôtels parisiens aux confidences

Depuis février 2026, Éloïse retrouve Dario au rythme d’au moins une fois par mois, profitant de ses déplacements professionnels à Paris pour s’octroyer cette parenthèse anonyme. Mais le premier rendez-vous fut loin d’être une évidence.

« Au début, je ne me sentais pas à l’aise, la démarche n’est pas évidente. On est face à un inconnu. J’y suis allée avec beaucoup d’appréhension : devoir me mettre à nu, affronter le regard qu’il allait porter sur moi… Comme je ne me sentais plus désirable pour mon conjoint, je me remettais profondément en question. »

Aujourd’hui, l’angoisse a laissé place à une joyeuse impatience. Plus la date approche, plus elle se sent heureuse. Avec Dario, elle a retrouvé cette intimité tant espérée : elle est de nouveau touchée, regardée et valorisée. La relation dépasse les murs de la chambre d’hôtel pour s’étirer dans des spas ou de beaux restaurants. Pour elle, Dario offre des « garanties de résultat », connaissant « les femmes sur le bout des doigts ».

Mais comment définir ce lien tarifé ? « Nous ne sommes ni amis, ni amants », tranche-t-elle avec lucidité. « Le temps du rendez-vous, c’est une illusion parfaite. Je l’apprécie, j’ai toute confiance en lui et j’arrive même à me confier. Je sais que je ne risque rien : il ne va pas me juger, s’immiscer dans mon couple ou me faire chanter. Il est d’une discrétion absolue. » Bien que la transaction financière soit indéniable, un détail logistique qu’elle gère sans sourciller grâce à ses confortables revenus, une véritable intimité s’est créée entre ces deux adultes consentants. Éloïse connaît d’ailleurs peu de choses de la vie privée de Dario, il ne lui en dévoile que ce qu’il veut bien raconter. L’équilibre de leur relation repose sur cette juste distance. Et elle s’est fixé une ligne rouge infranchissable : « Si je développe des sentiments, je coupe tout. C’est le signal d’alarme absolu. Lui aussi a été très clair sur le fait qu’il n’en a pas pour ses clientes en général. »

Elle continue : « J’arrêterai le jour où je voudrais passer à autre chose qu’une relation basée sur l’argent ».

Le paradoxe : l’infidélité comme ciment du couple

S’il s’agit techniquement d’une infidélité, Éloïse l’assortit de « circonstances atténuantes ». La culpabilité des premiers temps s’est évaporée face au constat implacable d’un mariage figé. Mieux encore : cette soupape de décompression a préservé son couple, en tout cas pour un temps.

« Je casse moins les pieds à mon mari avec mes désirs car je compense mon manque ailleurs », confie-t-elle avec un pragmatisme déroutant. Paradoxalement, son conjoint la sent apaisée. Il doit même penser qu’elle est « rentrée dans le rang » puisqu’elle ne formule plus aucune demande sur le plan sexuel. Éloïse aime toujours son compagnon, d’un amour profond et respectueux, bien que dénué de passion. Ironie de l’histoire, cet homme qui ne la touche presque plus reste très possessif et jaloux si un autre homme s’intéresse à elle.

La peur d’être découverte est donc bien réelle. « Oh que oui, j’ai peur… Ce serait dramatique car je ne veux pas lui faire de mal », avoue-t-elle. Heureusement pour elle, le fait qu’il soit à la retraite pendant qu’elle travaille lui offre une liberté de mouvement sans éveiller les soupçons.

Cette double vie, Éloïse la porte seule. Un fardeau assumé qu’elle refuse de partager, ne serait-ce qu’avec sa meilleure amie. « C’est un secret absolu. Je ne tiens pas à connaître ni l’avis, ni le jugement de personnes qui regardent la situation par le petit bout de la lorgnette », conclut-elle. En s’offrant les services de Dario, Éloïse n’a pas seulement acheté des heures de plaisir ou de tendresse ; elle a acheté la paix conjugale et le droit de rester femme, sans avoir à détruire l’édifice de vingt années de vie commune.

Si le physique de Dario est son instrument premier, son véritable pouvoir réside ailleurs. Pour décrypter ce qui se joue réellement entre lui et ses clientes, au-delà de la chair, j’ai soumis mon article au regard du psychiatre et psychanalyste Patrick Lambouley.

Le mot du psychiatre

L’homme qui murmure à l’oreille des femmes

Que veut Une femme ?
Vous avez remarqué ? Cette majuscule. Une femme.
Car il n’y a pas les femmes, il y a Une femme, et Une femme, et Une femme. Il n’y a pas les femmes, il y a une femme au Une par Une.

Et Dario sait ça.

Aussi il écoute, il écoute au Une par Une chaque femme. Alors quelque chose, de cette écoute, se produit.
Un lien désirant, qui va au-delà du désir sexuel.

Quelles sont les conditions du désir.

Ce ne sont pas les mêmes, du point de vue masculin et du point de vue féminin. Attention, il n’est pas ici question de biologie mais de structure psychique.

Il y a un répartitoire sexuel selon la place qu’occupe la parole dans la jouissance Selon cela, certains hommes ont une structure de désir féminin, certaines femmes ont une structure du désir masculin.

Mais on trouve plus de femmes ayant une structure du désir féminin que masculin.

Quelle est cette différence ?

L’homme exige un objet, la femme exige une parole.

Le mode de désir féminin exige que l’homme parle et aime (l’amour ou l’illusion de l’amour est donc la condition de la jouissance),

Coté homme le désir est fétichiste, le désir est déclenché par un trait, (un détail du corps, la forme d’une poitrine, la cambrure, une oreille, un pied… une allure, une posture), la parole n’y est pas nécessaire.

Coté femme l’objet n’est pas nécessaire, il faut un autre qui parle. Cet aspect trouve son expression par exemple dans ce qu’on appelait l’amour courtois, épistolaire. On s’écrit, et de s’écrire, on se désire.

Il faut un récit, une fiction.

Actuellement cela est très présent dans les relations par les réseaux sociaux. L’homme demandera : « Je peux avoir une photo de toi nue ? »,
la femme demandera : « Parle-moi encore »

L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas.

La parole est précisément le don du manque. Un homme qui offre seulement ce qu’il a (biens, puissance, corps) reste du côté de l’avoir phallique, on dit « Macho ».

Celui qui parle d’amour avoue qu’il manque, qu’il a besoin d’elle. Pour le sujet féminin, c’est ce signe du manque chez l’autre qui compte, beaucoup plus que l’objet qu’il a à donner.

Le séducteur n’est pas celui qui exhibe son avoir, c’est celui qui dit son manque.

C’est pourquoi la lettre d’amour, la déclaration, la conversation ont un tel poids. Elles sont l’endroit où le désir de l’autre devient lisible pour elle.

Le corps de l’homme n’est donc pas désiré comme simple chair : il est investi parce qu’il est le corps de celui qui l’aime assez pour s’y intéresser sincèrement, et le lui dit.

Le mot, le mot d’amour, précède et conditionne l’érotisation.

L’autre qui parle est supposé savoir quelque chose de cette jouissance dont il n’y a pas de savoir dans les livres.

Mais l’écoute seule ne suffit pas.

L’écoute a sa place : c’est vers celui à qui on suppose le savoir qu’on dirige l’amour. Celui qui écoute devient vite un sujet supposé savoir, et l’amour se dirige vers lui.

C’est le ressort du transfert : un analyste qui ne fait qu’écouter suscite de l’amour, parfois beaucoup.

Mais l’écoute produit de l’amour, pas du désir partagé. L’analyste, justement, ne répond pas sur le terrain de l’amour.

Une écoute sans réponse laisse une femme face à une énigme : « que me veut-il ? ».  Prolongée, cette énigme peut devenir de l’angoisse.

Toute parole ne convient pas, et c’est là que l’écoute revient, il faut avoir écouté pour que ce qu’on dit soit le moteur du désir.

Il y a deux façons de parler à Une femme :

Parler « sur » elle, le dit-femme : « tu es comme ça », « les femmes sont ainsi ». Cela la range dans un universel, et donc la dit-femme, et par là la diffame.
La femme on la dit-femme, on la diffame (citation de Jacques Lacan).

Le séducteur qui récite un discours tout fait, est dans ce cas, même quand il flatte.

Lui parler « à elle », une par une : une parole qui répond à ce qu’elle a dit, qui la nomme dans sa singularité et qui avoue le manque de celui qui parle. C’est la définition lacanienne de l’amour (tu comptes pour moi), c’est « donner ce qu’on n’a pas ».

Le second dire suppose qu’on a écouté.

On ne peut pas nommer quelqu’un une par une sans l’avoir entendue.  La bonne formule serait donc :

Le désir d’une femme naît d’un homme qui lui parle depuis ce qu’il a entendu d’elle.

L’écoute est la condition, la parole est l’acte, et c’est l’acte qui éveille le désir.

Il y a une raison de plus. Une femme désire être la cause du désir de l’autre, et le désir de l’autre ne se voit pas : il s’entend dans sa parole, dans ce qu’elle laisse passer de son propre manque : « je t’écoute parce que je le désire, parce que j’ai moi aussi besoin de ta parole »

Un homme qui écoute sans rien dire de lui, cache son désir.  Un homme qui parle l’expose.

C’est pourquoi la déclaration et la lettre d’amour ont tant de poids : elles sont le lieu où le désir de l’homme devient lisible pour elle.

Dario est un homme d’exception, il sait ce que peu d’homme savent sur la mécanique du désir féminin, et c’est un savoir qui n’a pas été appris dans les livres, c’est un savoir qu’il sait… Sans savoir qu’il le sait.

Quel est le secret de ce « sorcier du désir féminin » ?

Peut-être que dans ce corps ayant tous les atouts phalliques de la masculinité triomphante, se cache une sensualité et une structure désirante féminine.

L’homme rêvé.. ? En tout cas pour beaucoup de celle qui l’ont rencontré, c’est l’homme dont elles rêvent.


Vous l’aurez compris, Dario n’est pas juste un beau corps : il possède un don naturel et instinctif pour deviner les besoins affectifs et psychologiques cachés des femmes. Une écoute qui peut vite rendre accro…

J’espère que ce sujet vous a passionné autant que j’ai aimé l’écrire. Je vous laisse avec son site internet.

Faites-en bon usage, ou pas 😉 : https://dariogentleman.com/

Je vous dis à bientôt pour un prochain interview… Pensez à vous abonner à la newsletter pour ne rien louper !